En 2013, Libérée, Délivrée (Let It Go) de La Reine des Neiges a marqué l’histoire de la pop culture. Avec sa montée vocale puissante et son message d’émancipation, la chanson a touché des millions d’enfants — et d’adultes — à travers le monde. Douze ans plus tard, KPop Demon Hunters arrive sur Netflix et propulse « Golden », une chanson fictive mais désormais culte, au sommet des charts mondiaux. Les deux morceaux partagent le même ADN : une ballade pop où une héroïne affirme son identité et sa liberté. Mais Golden l’emmène vers un territoire musical et culturel inédit : celui de la K-pop et de la Hallyu wave.
Des hymnes d’émancipation
Les deux titres appartiennent à ce que les comédies musicales appellent une « I Want Song » : un moment où le personnage principal exprime ses désirs, sa transformation et sa quête d’affirmation. Elsa chantait : « Libérée, délivrée, je ne mentirai plus jamais », rompant avec les peurs qui l’enchaînaient. De son côté, Rumi, héroïne de KPop Demon Hunters, proclame dans « Golden » : « We’re gonna be golden », embrassant sa double identité de star et de chasseuse de démons. Dans les deux cas, la musique devient une arme contre les doutes, un acte de libération personnelle.
Technique vocale et arrangements : deux mondes, deux esthétiques

Idina Menzel, voix d’Elsa, s’appuie sur la puissance du belt propre à Broadway, avec des notes culminant au E♭5 dans un style théâtral. EJAE, qui prête sa voix à Rumi, atteint un A5 impressionnant mais dans une esthétique K-pop : riffs R&B, harmonies complexes, alternance de registres graves et aigus, ad-libs mélodiques… Ce mélange donne à « Golden » une couleur vocale plus contemporaine et versatile.
Musicalement, Libérée, Délivrée s’ancre dans une orchestration symphonique classique : cordes, piano, percussions hollywoodiennes. À l’inverse, Golden fusionne beats électroniques, éléments trap, chœurs coréens et textures cinématographiques, créant un pont entre la pop mondiale et l’identité coréenne.
Culture pop occidentale vs Hallyu wave
Libérée, Délivrée symbolisait une princesse Disney moderne, affranchie des codes traditionnels. Golden reprend ce flambeau mais le plonge dans l’univers Hallyu : esthétique K-pop, bilinguisme anglais/coréen, chorégraphies virales sur TikTok, tenues inspirées du hanbok… La chanson ne se contente pas de raconter une histoire : elle devient un phénomène culturel total, porté par une industrie musicale sud-coréenne experte en créations transmédiatiques.
La relève d’un mythe musical
Si Libérée, Délivrée a marqué une génération, Golden s’impose comme son héritière spirituelle. Plus hybride, plus globale, plus audacieuse vocalement, la chanson réussit à être à la fois un hymne d’empowerment et un hit K-pop calibré pour Spotify et Billboard.
Là où Elsa brisait la glace, Rumi fait sauter les barrières culturelles. Golden n’est pas qu’une chanson de film : c’est le Let It Go d’une ère où la K-pop règne sur le monde.
